Publié le 21 juin 2021

Logistique et livraison durables : le COTEE éclaire et challenge la stratégie de la Poste

Ecologie
Récit
National

Dans son nouveau plan stratégique, présenté en février dernier, La Poste, pionnière de la transition écologique, se positionne comme le N°1 de la livraison écologique en France et en Europe. Début avril, le Conseil d’Orientation Transition Énergétique et Écologique (COTEE) du Groupe La Poste (1) s’est réuni virtuellement pour débattre des problématiques spécifiques posées par le développement durable des livraisons.

Les ventes en ligne augmentent de plus de 10% par an, et le nombre de colis livrés a été multiplié par deux en sept ans. Cette croissance du e-commerce, accélérée par la crise de la COVID-19 et l’essor du marché des Foodtech, impacte de façon spectaculaire l’activité de logistique et de livraison. Pour La Poste, il s’agit évidemment d’une opportunité économique. Mais aussi d’un nouveau défi écologique.

Bilan de cette rencontre.

Réduire l’impact des flux de livraison sur la ville, un défi majeur

La Poste dispose déjà de l’une des premières flottes de véhicules électriques au monde. D’ici 2025, elle s’est fixé pour objectif de livrer en 100% propre 225 villes en Europe dont 22 métropoles françaises. Grâce à des hôtels logistiques et dépôts urbains, La Poste développe une logistique de proximité ainsi qu’un dispositif global de mutualisation des livraisons des différents transporteurs avec le même objectif : réduire le nombre de véhicules en zone urbaine et généraliser les livraisons à faibles émissions et en modes doux.

En France, le transport constitue le premier émetteur de gaz à effet de serre, dont 95% pour le transport routier. En ville, le transport de marchandises est responsable de 50% de la congestion et des particules liées à la circulation.

Mais pour faire de la logistique urbaine durable une réalité, La Poste doit convaincre les acteurs publics et privés de faire évoluer les pratiques actuelles : casser les silos, faciliter l’accès au foncier logistique en zone urbaine, développer les infrastructures pour la recharge des véhicules ou encore relever le niveau d’exigence environnementale pour faire circuler les marchandises de manière plus durable et favoriser les opérateurs les plus vertueux.

La logistique du dernier kilomètre est essentielle : il est indispensable de travailler sur ce sujet en main tendue avec les élus et les collectivités locales, et de rechercher des synergies avec les commerçants. La Poste est l’acteur le mieux placé pour mettre en place ces partenariats.

Patricia Savin

Avocate associée chez DS Avocats et présidente de l’association OREE

Au-delà du dernier kilomètre, le challenge de l’impact environnemental du transport

La Poste est engagée depuis près de 10 ans dans une démarche de neutralité carbone. D’ici 2025, elle s’est fixé pour objectif d’atteindre une baisse globale de 30% ses émissions par rapport à 2013 (2). Sur la longue distance, La Poste a fait le choix du routier plutôt que de l’aérien, lui permettant d'atteindre une intensité carbone bien moindre que la moyenne de la profession.

Mais les solutions technologiques sont encore trop peu matures pour généraliser les poids lourds "bas-carbone". Dès lors, comment faire face à l’explosion des volumes et tenir sa trajectoire d’impact au global ? Les membres du COTEE invitent La Poste à la fois à préciser ses besoins, s’agissant des différentes solutions bas-carbone (hydrogène vert, ferroviaire, etc.) et à les communiquer, mais aussi à fédérer les acteurs et renforcer ses coopérations pour accélérer l’émergence de solutions de rupture.

Tous les acteurs, en France et en Europe, poursuivent les mêmes objectifs. Il est important que La Poste, en tant que grand groupe, explicite les conditions nécessaires pour les atteindre.

Jens Althoff

Directeur du bureau de Paris de la Fondation Heinrich Böll

Quelles coopérations La Poste peut-elle mettre en place avec d’autres acteurs, y compris avec ses compétiteurs, mais aussi avec d’autres secteurs ou métiers, pour atteindre ensemble le même objectif (par exemple sur l’hydrogène) ?

Benoît Leguet

Directeur général d’I4CE (Institut de l’économie pour le climat)

Amener les e-commerçants à adopter des pratiques durables

Sur les grands sites de e-commerce, la livraison est souvent annoncée comme "gratuite". Cette mention est révélatrice de l’absence de visibilité pour l’e-acheteur des coûts économiques et de l’impact environnemental de son achat. Expliquer que la livraison n’est pas "gratuite" est donc un enjeu crucial pour La Poste, qui plaide auprès de ses clients e-commerçants pour l’utilisation des termes "offerte" ou "incluse", et pour une mise en avant de la livraison responsable.

A La Poste, nous essayons de sensibiliser les e-commerçants pour qu'ils puissent proposer des choix de livraisons plus responsables aux consommateurs, en mettant en avant les atouts environnementaux, sociaux et sociétaux de cette livraison.

Laure Mandaron, Directrice Responsabilité sociétale et environnementale Branche Services-Courrier-Colis

Sur les grands sites de e-commerce, il n’y a pas aujourd’hui la possibilité de faire des choix plus écologiques lors de la livraison. On voit même parfois une incitation à réaliser des achats fragmentés. La Poste doit entrer dans une logique de coopération poussée avec les acteurs du secteur pour grouper, réduire les emballages et promouvoir les livraisons responsables.

Martin Serralta

Directeur du développement et de la prospective organisationnelle de l’Institut des Futurs Souhaitables

Mieux informer le consommateur pour créer la préférence

87

%

des Français se disent enclins à accepter un mode de livraison vertueux si les e-commerçants leur en donnent la possibilité

Le citoyen ne veut plus de pollution ni de camions en ville, mais le consommateur exige son colis tout de suite. Une étude menée par Generix Group et l’Institut du Commerce révèle toutefois que la réalité est plus nuancée 

Être livré dans l'heure n’est pas forcément la demande. Le consommateur est attentif au prix mais peut changer de comportement du moment qu’on lui explique quels sont les impacts de ses choix, tant sur le plan environnemental que social.

Anne-Catherine Husson-Traoré

Directrice Générale du media Novethic

Il y a une nécessité de sensibiliser sur plusieurs sujets. Ce n'est pas que les gens ne comprennent pas mais beaucoup d'informations ne sont pas accessibles.

Hélène Valade

Directrice Environnement chez LMVH et Présidente de l’ORSE

Au final, les experts du COTEE encouragent La Poste à faire savoir davantage encore ce qu’elle fait en matière de livraison écologique et à utiliser la force symbolique des vitrines que sont ses bureaux de poste et ses véhicules pour contribuer à cette sensibilisation.

J'invite ainsi La Poste à expliquer au consommateur les tenants et les aboutissants environnementaux de la livraison.  Si La Poste ne le fait pas, quelle autre entreprise le fera ?

Guillaume Sainteny

Président de GS Conseil et membre de l’Académie d’Agriculture de France

Faire bouger les lignes et affirmer un modèle différenciant

En conclusion, les membres du COTEE invitent La Poste à faire bouger les lignes en affirmant un modèle différenciant. C’est un nouveau challenge pour La Poste, entreprise d’intérêt général, qui doit montrer sa capacité à prendre le lead, en travaillant avec l’ensemble de l’écosystème, du consommateur au producteur, et endosser un rôle d’influenceur de l’action publique.

La Poste doit également promouvoir un modèle de développement qui soit en accord avec son ADN et sa raison d’être, axé sur l’humain, la proximité. D’autant que la crise sanitaire a mis le local au cœur des attentes des citoyens.

Il faut profiter du fait que La Poste est une entreprise physique avec des hommes et des femmes et qu’elle incarne le service public dans les territoires.

Lucile Schmid

Vice-présidente de La Fabrique Écologique

(1)Composé d’experts internes et externes, cet organe consultatif a été créé dans le but d’enrichir la stratégie écologique du Groupe et de nourrir la vision du comité exécutif.

(2)Périmètre La Poste SA.