A Toulouse, les citoyens planchent sur la transition démographique

National
Éclairage
5 min

Une vingtaine de citoyens originaires de la région de Toulouse ont participé vendredi et samedi à la conférence citoyenne consacrée à la transition démographique. Leurs réflexions viendront alimenter le futur plan stratégique de La Poste à horizon 2030.

Ils sont paysagiste, animateur scolaire, gestionnaire des ressources humaines, vendeuse, chargé de clientèle ou psychologue. Venus d'une zone rurale, de la périphérie de Toulouse, de la ville elle-même ou d'un département limitrophe, Philippe, Marie, Zohra, Franck, Christophe, Auguste ou Maeva sont là, attentifs, prêts à contribuer à la grande consultation citoyenne lancée par la Poste sur tout le territoire.

Certains sont venus par la route, d'autres à pied et le plus jeune, lui, est arrivé en skate. Au dernier étage du Centre Vanel, imposante construction en arche au centre de la Ville Rose, alors que des nuages lourds courent au ras de la cathédrale, les participants - tous masqués - écoutent, prennent note, interviennent, apprennent.

Le sujet : face au défi démographique auquel devra faire face le pays d'ici 2030, quelle doit être la contribution de La Poste ? Vaste question, dont les réponses préciseront les directions et les possibilités, notées et enregistrées par Christian Carles, délégué régional, et Gilles Lagrave, délégué au développement régional et aux relations territoriales de la Haute-Garonne. L'ambiance, ce samedi matin, est studieuse. Le café, généreusement versé par un maître d'hôtel, conforte les intervenants, sous l'oeil sérieux du pompier de service. Dehors, une pluie serrée bat les baies vitrées.

TROIS CATÉGORIES DE RETRAITÉS

Le professeur Bruno Vellas, chef du service du département de médecine interne et de gériatrie du CHU de Toulouse, spécialiste de la maladie d'Alzheimer, prend la parole. Ce quinquagénaire décontracté - veste tweed et blue-jean - expose, images à l'appui, la problématique du vieillissement. À savoir: "Qu'est ce que la dépendance?" Celle-ci, de plus en plus fréquente, est une conséquence de l'âge. Il convient de la retarder le plus possible, insiste Bruno Vellas, donc "il faut tester et agir". Et trier entre trois catégories de retraités : les "robustes" (50% à 65% des gens), les "fragiles" (30%), et les "dépendants" (souvent en maisons de retraite).

Les signes de cette dépendance apparaissent dans des fonctions connues : la cognition, la mobilité, la vivacité, l'état psychologique. Il y a des aides modernes, souvent digitales, qui permettent de tracer l'état du patient : ICOPE Monitor, Botfrail (robot conversationnel), base de données.

Et c'est là que La Poste est précieuse, par son réseau. Le facteur devient le référent, témoin de la situation. La Poste a même mis en place un programme pour former des facteurs spécialisés dans le contact avec les gens âgés. Sujet sensible, qui génère des questions au professeur Vellas: "Qu'en est-il des gens isolés en milieu rural?", demande Philippe, 61 ans. "La dépendance est-elle inéluctable?", "À quel âge faut-il commencer les tests?"...

Tous sont d'accord, cependant : la visite des facteurs est souvent le dernier lien social des isolés, et là, le rôle de la Poste peut être décisif. D'autant plus que, selon le conférencier suivant, François-Xavier Albouy, "en vingt ans, on va avoir un vieillissement équivalent à celui qu'on a eu en un siècle".

UN TIERS DE LA POPULATION EST OU SERA BIENTÔT À LA RETRAITE

Directeur de recherche sur le thème "Transitions démographiques, transitions économiques", François-Xavier Albouy raconte: "Un Martien qui serait arrivé sur la Terre il y a dix ans aurait vu qu'il y avait deux adolescents pour un vieillard en France. Aujourd'hui, le même Martien constaterait que la proportion s'est inversée". Donc : un tiers de la population est - ou sera bientôt - à la retraite.

Pour remédier à la perte de moyens des retraités, il y a une solution : leur conserver une activité socialisée. L'étude solitaire - de l'Histoire de l'Art, par exemple - n'a pas cette dimension socialisée, nécessaire. Le retraité qui coupe les ponts avec ses semblables et qui se livre aux activités qu'il aime (le jardinage, la peinture, etc) est heureux la première année. La deuxième, moins. "La troisième, il déprime, et passera le reste de sa vie à aller de médecin en médecin", souligne François-Xavier Albouy.

Solution : conserver une implication dans la société, par le travail ou le bénévolat. Pour autant, il ne faudrait pas tomber dans le scénario du Japon, pays où la retraite est très tardive et où toute une génération - les "mangeurs d'herbe" - ne trouve pas de travail. Ces trentenaires japonais restent chez leurs parents, pesant sur leurs ressources. Mais, demande Fiona, étudiante en biologie, justement, ces ressources ne sont-elles pas un facteur décisif ? Réponse de François-Xavier Albouy : "L'argent n'est pas l'indicateur essentiel du sentiment de bien-être, chez les gens âgés". Le bien-être, voilà le défi.  

CONTRIBUER À LA RÉDUCTION DE LA DÉPENDANCE

Delphine Maillet, présidente de La Poste Silver, intervient pour répondre avec précision aux questions, parfois pressantes, des auditeurs. Simone, enseignante en secondaire, demande s'il faut avancer l'âge de la retraite? "C'est souvent un faux cadeau". Qu'est ce que la Silver économie? "Pour nous, c'est la contribution à la réduction de la dépendance".

Et Delphine Maillet de détailler les services mis en place par La Poste: tournées de postiers spécialisés, services de proximité, accompagnement à la carte, aides post-hospitalières, digitalisation du dossier santé, conciergerie numérique... "Le réseau capillarisé de La Poste se prête particulièrement à ces actions. La Poste s'engage dans la santé à domicile".

Le débat qui suit fait apparaître les interrogations et les inquiétudes des citoyens : comment financer ces services (l'État doit participer), quel modèle économique, comment alléger le système de santé public, quels types d'abonnements pour les seniors... La crise du covid-19, présente dans tous les esprits, fait apparaître les préoccupations des participants, dont les organisateurs sauront tirer des conclusions. Autrefois, La Poste ne se chargeait que du courrier. Aujourd'hui, elle se démultiplie.

Demain, elle sera citoyenne, au sens le plus large du mot. Conclusion positive de cette consultation toulousaine, donc... Entre les nuages, un brin de soleil apparait. Béatrice, qui travaille aux services commerciaux d'Air France, remarque: "C'est bon signe".