Rencontre
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Silver économie : quelle ambition pour La Poste dans la santé à domicile ?

Services à la personne

Avec l’application La Poste eSanté, Digiposte Ma Santé, et la prise de participation dans Asten Santé et Diadom, prestataires de santé à domicile, La Poste est devenu un interlocuteur légitime du secteur. Un marché en forte croissance dont elle veut devenir un leader dès 2020, explique Delphine Mallet, directrice des services de la silver économie.

Delphine Mallet, directrice des services de la silver économie.

Dans le cadre de sa diversification dans les services de proximité, La Poste se développe depuis 2016 dans la prestation de santé à domicile (PSAD), via l’acquisition d’Asten Santé et de Diadom. Cela consiste à accompagner des patients malades chroniques dans l’utilisation de matériel médical ou de consommables dont ils ont besoin pour se soigner voire pour vivre. Un marché de près de 3 milliards d’euros en France, en forte croissance naturelle, dont elle veut devenir un des leaders dès 2020.

Pourquoi La Poste est-elle entrée sur un marché totalement nouveau pour elle, la prestation de santé à domicile ?

C’est un métier très particulier qui s’appuie sur une prescription médicale et nécessite une grande expertise technique, mais qui relève aussi fortement de la logistique, de la gestion de stocks, de la gestion de tournée, du service à domicile.
Nous avons acquis la majorité d’Asten en 2017, 120 M€ de chiffre d’affaires, 80 000 patients souffrant d’insuffisance respiratoire, apnée du sommeil, diabète, etc. Puis, en 2018, de manière très complémentaire, nous avons racheté Diadom, un des leaders des prestations relatives à l’urologie (pathologies liées au système urinaire touchant souvent des personnes handicapées suite à un accident) et à la stomathérapie. L’objectif est toujours de bien vivre à domicile, de la manière la plus autonome possible.

La marque La Poste est-elle déjà visible sur ces marchés ?

Nous sommes entrés dans cet univers de la prescription médicale par une petite porte mais une porte légitime, associée à la logistique et au service à domicile. Ce sont bien sûr surtout les marques de nos filiales qui portent l’expertise reconnue sur ces marchés.
Nous avons également pris une participation dans la start-up de e-santé Nouveal, spécialisée dans les processus de pré et post-hospitalisation, et dont le service « e-fitback » est déployé dans le groupe de cliniques privées Capio.

Un schéma qui résume l'espace numérique de santé de Docaposte

En parallèle, Docaposte a franchi un pas important avec le lancement de l’application La Poste eSanté, application gratuite permettant de gérer ses données de santé, et en signant un accord avec Elsan, premier groupe de cliniques privées en France, pour déployer le parcours de santé digital de ce dernier. En outre, l’Espace Numérique Santé de Docaposte permet aux professionnels de santé d'accompagner leurs patients à distance.
Docaposte travaille aussi avec l’APHP pour le suivi à domicile des transplantés pulmonaires et, sur son cœur de métier, accompagne la transformation digitale des établissements de santé publics et privés comme l’IHU de Strasbourg (hyper-obésité), l’hôpital Bichat ou encore l’Institut Rafaël, la maison de l’après-cancer. Enfin, Docaposte a signé avec Cerba HealthCare un partenariat qui permet au patient de recevoir et stocker ses résultats d’analyses de biologie médicale (voir article).

La Poste devient donc actrice de la santé mais au sens bien-être de la personne…

Voilà, elle contribue au bien-être des gens à la fois en sécurisant leurs données de santé, en fluidifiant leur parcours de santé à l’hôpital, en accompagnant la mutation du système de santé vers l’ambulatoire (on va sortir de plus en plus vite de l’hôpital). La Poste se place ainsi à la fois dans les établissements de santé - par la donnée, par la présence de professionnels du service de retour à domicile - et chez les patients pour les raccompagner et les suivre au long cours.

Quels nouveaux territoires de la santé La Poste peut-elle conquérir ?

Notre ambition est de continuer de grossir dans la prestation de santé à domicile (PSAD), un marché qui fait environ 5% de croissance par an, avec une approche d’offreur global de services au domicile.
D’autre part, nous souhaitons enrichir l’offre de retour de l’hôpital au domicile, avec tous les services que nous sommes en train de déployer : livraison de médicaments, livraison de repas et installation d’objets connectés par le facteur, services à la personne avec Axeo.
Sur la plupart de ces segments de marché nous commençons à peine, tous ces sillons seront creusés.
Enfin, et ce n’est pas le moins ardu, mettre de la transversalité entre toutes ces offres, les assembler en bouquets de services, visibles par les professionnels et par les citoyens. C’est en cours.

Quels sont les objectifs chiffrés de La Poste dans la silver économie ?

Nous visons un doublement de notre chiffre d’affaires dans les 3 ans, essentiellement via des acquisitions mais aussi via la croissance des services rendus par le facteur. A terme, notre offre globale sera différenciante et les facteurs auront leur rôle, à la fois dans la réalisation de certains services et dans l’écoute et le conseil aux clients. En parallèle, nous travaillons actuellement à la création, en bureau de poste et sur Laposte.fr, d’univers de besoins qui rendent visibles le fait que La Poste offre tous ces nouveaux services.