Rencontre
9 min

« Il y a un nouveau modèle d’entreprise à inventer »

Transitions écologiques
Nouvelle Aquitaine

La future loi PACTE (plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises) ambitionne notamment de consacrer les entreprises à mission ou à objet social étendu. Emery Jacquillat, président de la Camif, est convaincu que les entreprises ont un rôle à jouer dans la société, au-delà de leur simple objectif de rentabilité.

La Camif est l’une des premières entreprises à mission de France. De quoi s’agit-il ?

Aujourd’hui, nos concitoyens, nos collaborateurs, nos clients sont à la recherche de sens. Ils privilégient de plus en plus les entreprises qui s’engagent et qui mettent au service de la société leur modèle économique. Une entreprise à mission a un impact positif sur la société dans son ensemble, au-delà de la simple recherche de rentabilité. La mission de la Camif est de proposer des produits et des services au bénéfice de l’Homme et de la planète et de mobiliser notre écosystème (toutes nos parties prenantes) pour inventer de nouveaux modèles de production, de consommation et d’organisation. Parce que je suis convaincu au fond qu’il y a un nouveau modèle d’entreprise à inventer, une nouvelle économie, plus locale, plus inclusive, plus attentive aux enjeux du développement durable. J’ai la conviction que l’entreprise est le plus puissant levier de transformation de la société.

Que proposez-vous à vos clients dans ce sens ?

« Mobiliser l’intelligence collective permet de réengager toutes les parties prenantes. »

En 2009, nous avons renouvelé le modèle de la Camif, recentré sur le digital et l’équipement de la maison, avec un parti-pris très fort sur la qualité des produits, la fabrication française et le développement durable, qui sont les trois piliers de notre proposition de valeur. Progressivement, on est parti à la reconquête des clients historiques. Parce que les consommateurs veulent être acteurs de leur consommation, qu’ils veulent savoir où sont fabriqués les produits, par qui et les composants qu’ils contiennent… C’est ce que l’on propose sur Camif.fr, avec une grande transparence sur l’origine de la fabrication, l’origine des composants, le nombre d’emplois locaux concernés quand on achète un produit, donc ça donne un aspect très concret à leur pouvoir d’achat. C’est une arme formidable, car on redonne le pouvoir au consommateur de s’inscrire dans cette consommation responsable. C’est l’un de nos engagements forts.

Comment cela se traduit-il concrètement ?

Par exemple, pour incarner la mission dans l’offre, on a lancé Camif Edition, avec un processus de co-création. Clients, collaborateurs, fournisseurs, designers, experts de l’économie circulaire se sont retrouvés lors d’un Camifathon de 3 jours.... Redonner du Sens à l’Entreprise (mon interprétation de la RSE), mobiliser l’intelligence collective, permet de réengager toutes les parties prenantes, et en premier lieu les collaborateurs.

Une entreprise à mission a un impact positif sur la société dans son ensemble, au-delà de la simple recherche de rentabilité.

Emery Jacquillat
Président de la Camif

Aujourd’hui, nous travaillons avec environ 137 fabricants français qui génèrent 73% de notre chiffre d’affaires. C’est important pour eux d’innover sur le thème du développement durable, c’est une façon de valoriser leur savoir-faire, de recréer de la valeur, une valeur partagée, parce que si on va chercher toujours de plus en plus loin des produits de moins en moins chers, il n’y a plus de place pour la fabrication française. On n’est pas là pour presser au maximum les prix, au contraire, on va jouer la carte du partenariat, la carte de la co-création, de l’innovation ouverte.

Le jour du black Friday, vous avez fermé le site camif.fr. Pourquoi ?

C’est un acte fort pour une entreprise de fermer son site marchand. Lorsqu’on s’est aperçu que le black Friday devenait de plus en plus gros en France, on s’est dit qu’il n’avait aucun sens, et surtout que c’était complètement antinomique avec les valeurs que nous prônons. L’idée était d’interpeller le consommateur, de lui faire pendre un peu de recul, de réfléchir davantage à son acte d’achat et à l’incidence qu’il peut avoir sur les sujets sociaux et environnementaux. Surtout, il s’agissait de montrer qu’il y a des alternatives positives à la surconsommation : que l’on peut recycler, réparer, réutiliser, réemployer….

Comment faire changer l’état d’esprit des dirigeants, accélérer le mouvement ?

J’ai co-créé avec une soixantaine d’autres entreprises, une communauté des entreprises à mission, qui a vocation à témoigner, à partager les bonnes pratiques, c’est un modèle qui est en train de se diffuser. Nous expliquons qu’adopter ce modèle n’est pas incompatible avec la performance, mais que cela doit se traduire en engagement dans ses choix opérationnels, dans sa chaîne de valeur et surtout en transparence d’information sur l’évaluation de l’impact de cette mission. Il y a un chemin à faire qui prend du temps, qui est un chemin de progrès pour l’entreprise. Et c’est aussi aux collaborateurs de se servir de ça pour transformer l’entreprise de l’intérieur. C’est un levier d’engagement formidable. Cela ne relève pas que de la responsabilité du dirigeant ou de l’actionnaire, nous sommes tous acteurs d’un nouveau modèle de société, à mettre en œuvre d’urgence si nous voulons sauver l’humanité.

La Poste intègre la RSE dans toutes ses actions et co-construit des solutions avec ses parties prenantes. Qu’en dites-vous ?

En somme, nous avons les mêmes valeurs. Je suis enthousiasmé par la révolution en cours à La Poste et par les défis qu’elle a à relever : la baisse du courrier ou l’arrivée de nouveaux acteurs comme Amazon qui peuvent complètement changer la donne. Elle doit construire un nouveau modèle qui puise dans ses racines, ses valeurs, comme la proximité et le lien social qu’elle entretient tous les jours avec ses clients. La Poste appartient à chaque Français, elle fait partie du patrimoine. La confiance qu’ils lui accordent est un capital énorme. Et elle a tout pour réussir. Peut-être la retrouvera-t-on encore dans 100 ans, comme un acteur important du territoire, sur des métiers que l’on n’imagine pas encore, engagé auprès de chaque français.

La Camif, c’est...

1 siège social à Niort (79) - 400 000 clients - 137 fabricants Français - 40 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2017