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Capillum : les cheveux, ça se recycle !

Transitions écologiques

Lauréat du prix « partenaire business » de l’édition 2019 des Élanceurs, la start-up Capillum se donne pour projet de collecter-recycler, pour des usages médicaux et cosmétiques, les cheveux coupés par les coiffeurs. Découvrez avec les deux fondateurs, Clément et James, pourquoi la démarche est écoresponsable et comment les cheveux peuvent être convertis en kératine, un composant également très présent dans notre épiderme.

Le cheveu, un matériau inépuisable, et qui se recycle !

Recycler les cheveux coupés, en France, personne n’y avait encore pensé. Et pourtant le cheveu est constitué de 95% de kératine, un composant que l’on trouve à hauteur équivalente dans l’épiderme… une caractéristique qui lui permet, après recyclage, de gagner une seconde vie dans le domaine du médical ou des cosmétiques.

La start-up Capillum y a pensé en lui ajoutant un autre usage écologique : l’enfouissement ou l’incinération des cheveux, qui est aujourd’hui le destin habituel des cheveux coupés en salon de coiffure, est extrêmement polluant. Les recycler présente donc un double intérêt, celui d’éviter une pollution inutile et d’apporter une source nouvelle de kératine à la recherche et à l’industrie.

Les 90 000 salons de coiffure français génèrent chaque année plus de 57 millions de litres de cheveux

Il suffit pour cela d’organiser la récupération des cheveux chez les coiffeurs, en mettant en place une logistique à laquelle La Poste pourrait être associée, puis de les faire traiter en laboratoire pour en extraire la kératine. C’est ce parcours, commenté par les fondateurs de Capillum, que ce podcast vous propose de découvrir.

Le bénéfice pour les coiffeurs ? L’obtention d’un sticker, affichable en vitrine, qui indique que l’enseigne recycle les cheveux de ses clients, ce qui lui confère un statut d’artisan-commerçant engagé pour la planète, et avec lui ses clients, dont les cheveux coupés ne polluent plus mais contribuent au bien-être d’autrui à travers leur transformation en solutions thérapeutiques ou cosmétiques.

Un progrès écologique total.

Capillum - Le podcast

Transcription

[Bip][VOIX JOURNALISTE] Est-ce que vous savez ce qu'on peut faire avec des cheveux ?[VOIX MASCULINE] Ben, non, justement, j'en sais rien. À part une brosse à dent, non ?[Son de ciseaux][Musique / Jingle d’introduction][VOIX FÉMININE] La Poste, le Podcast.[Chant d’oiseaux. Bruit d’entrée dans une voiture, puis d’un moteur qui démarre.][JAMES – Fondateur de Capillum] Ça fait depuis en fait, un an qu’on travaille sur Capillum, à savoir que les 6 premiers mois, on était encore étudiants, en master d’école de commerce, c’est là où on s’est rencontré avec Clément. Et au vu de tout le potentiel et de tout l’intérêt qui était porté autour du projet, on s’est dit : « bon ben, on va voir ce qui se passe ».[Bruit de route, de voitures][CLÉMENT – Fondateur de Capillum] On est parti d’un seul et même constat, c’est que les 90 000 salons de coiffure en France, aujourd’hui, jettent leurs cheveux dans la poubelle des ordures ménagères et cette pratique crée d’énormes problèmes environnementaux, le cheveu est imputrescible. Regardez sur les momies, 4 000 ans après, les cheveux sont toujours là.Ils peuvent être incinérés, ça crée de la pollution atmosphérique, ils peuvent être enfoui aussi.Le problème, c’est qu’aujourd’hui, ces cheveux, on ne les valorise pas.Donc, fort de ce constat, nous avons décidé de créer la solution Capillum, qui est finalement la première entreprise innovante au monde à collecter et valoriser toute typologie de cheveux.[Musique / Jingle][JAMES – Fondateur de Capillum] Moi, qui ai toujours été passionné par la chimie, je me dis : « finalement le cheveux, c’est quoi ? ».Et là, je vois 95% de Kératine. Je me dis : « c’est rare quand même qu’on trouve quasiment 95% de quelque chose dans une substance comme le cheveux qui est naturelle ».Et là, je me rends compte que ben, la Kératine, il y a une demande au niveau cosmétique, et il y a une demande au niveau médical.[Musique / Jingle][JAMES – Fondateur de Capillum] On a commencé avec nos deux ordinateurs, à faire nous mêmes nos recherches, à faire nos études de marché, à aller rencontrer les coiffeurs, on a fait des premiers tests de collecte en achetant des bacs IKEA, en utilisant un fourgon pour aller chercher les cheveux.Et, on a commencé après à se structurer grâce à l’incubateur Square Lab de Clermont-Ferrand qui nous a mis en relation avec des acteurs.[Son de démarrage d’une voiture][CLÉMENT – Fondateur de Capillum] Donc, là, on est dans le centre ville de Clermont-Ferrand, on se dirige directement vers l’un de nos premiers salons partenaires, pour voir en situation réelle comment ça se passe la récupération des cheveux.[Son de sonnette d’entrée dans un salon de coiffure][Son de tondeuse à cheveux][CLÉMENT – Fondateur de Capillum] Bonjour Justine, [JUSTINE – Coiffeuse] Bonjour ![JUSTINE – Coiffeuse] Pour moi, en fait, le fait de gaspiller les cheveux, voilà, de les mettre à la poubelle, qu’il y ait aucune utilité, je trouvais ça dommage.[CLÉMENT – Fondateur de Capillum] Au début, quand on est allé voir les premiers coiffeurs, pour savoir si la démarche pourrait éventuellement les intéresser, on a eu plusieurs types de réponses, on a eu : « combien ça coûte ? » , « qu’est-ce que j’ai à y gagner en tant que coiffeur ? » .Nous, on a des éléments de réponse à ce niveau-là, dans le sens où c’est totalement gratuit pour le coiffeur, la seule chose qu’il a à faire, c’est d’avoir un bac et de mettre uniquement des cheveux dedans, nous, après on s’occupe de la récupération.On a contractualisé d’ors et déjà avec Urbi - une filiale logistique du groupe La Poste - la récupération des cheveux.[Son de coupe de cheveux, ciseaux et rasoirs][JAMES – Fondateur de Capillum] Le plus souvent sur le marché, en Kératine à l’heure actuelle, c’est de la plume de volaille, et aussi de la laine de mouton. L’origine animale en terme de bio-compatibilité, ce n’est pas ce qu’il y a de plus intéressant, et surtout, c’est souvent du résidu brut d’abattoir.Donc, quand on doit justifier de la non maltraitance des animaux avec la règlementation qui est en cours, c’est quand même compliqué. Nous, du coup, on arrive à se substituer à cette origine, en apportant un des gages de performance. Il faut extraire cette kératine, il faut qu’elle réponde au cahier des charges du marché, et c’est ce qu’on est en train de faire.[Son de voiture qui roule. Son du frein à main][JAMES – Fondateur de Capillum] Là, on arrive, on arrive au labo de chimie, on va rencontrer Alice, qui est ingénieur biochimiste.[CLÉMENT – Fondateur de Capillum] Bonjour Alice.[ALICE – Ingénieure biochimiste] Bonjour ![ALICE – Ingénieure biochimiste] Les techniques qui existent à l’heure actuelle, ce sont des hydrolyses donc, c’est mettre en solution dans une phase aqueuse, solubiliser toutes les impuretés qui vont être présentes dans le cheveu. En ce moment, on entend beaucoup parler des études sur les cheveux, donc, on retrouve des pesticides, tous les médicaments qu’on peut ingérer, il peut y avoir des drogues.Cette étape va permettre de tout solubiliser, et après, ça va être à nous de récupérer ce qu’on veut. [Son de machines, laboratoire][ALICE – Ingénieure biochimiste] En général, je reçois un mélange de cheveux. Donc, la première étape, ça va être de les laver pour essayer d’enlever au moins toutes les poussières, les dégraisser, enlever tous les lipides du cheveux. Ensuite, je vais les plonger dans une solution, je vais après les filtrer, pour essayer d’enlever peut-être les derniers restants de cheveux non solubilisés, et ensuite, je vais faire une filtration. Là, c’est une filtration, une dialyse, enlever toutes les plus petites molécules pour essayer de garder que les plus grosses, donc, les plus grosses, ça va être la Kératine.[JAMES – Fondateur de Capillum] Ben écoute, maintenant, il faut qu’on passe sur la phase deux, et on accélère.[ALICE – Ingénieure biochimiste] C’est ça ! [Rires][Musique / Jingle][Son de coupe de cheveux, ciseaux et rasoirs][JUSTINE – Coiffeuse] De plus en plus, les gens nous demandent ce qu’on fait de leurs cheveux. Donc, aujourd’hui, on va pouvoir leur dire qu’on a un moyen de réponse. [JAMES – Fondateur de Capillum] C’est une protéine qui est ultra-nutritive, qui est très utilisée également en cosmétique, aussi bien pour du soin capillaire, que pour du soin de peau. C’est cette protéine qui permet de régénérer, notamment les kératinocytes, qu’on a sur la peau et donc qui pourrait avoir un véritable intérêt en cicatrisation, ou même en traumatologie, pour de la cicatrisation post-opératoire, pour de la cicatrisation des plaies chroniques, personnes diabétiques, escarres des personnes âgées. Il y a un enjeu aussi très intéressant, c’est que avec l’arrivée de nouvelles technologies, comme la bio-impression de peau. Finalement, on a de nouvelles machines qui permettent d’accélérer la régénération de peau pour les grands brulés, et ces bio-imprimantes ont aussi besoin de bio-encre, et c’est là où nous, on a un rôle à jouer qui sera plus que déterminant.[Son de sèche-cheveux][CLÉMENT – Fondateur de Capillum] Les coiffeurs, aujourd’hui, sont considérés comme un métier polluant, et même leurs clients, qu’ils soient sensibles ou non à l’écologie, en allant juste se faire couper les cheveux pourront participer activement à la protection de l’environnement.[JAMES – Fondateur de Capillum] Et on a vraiment envie de fédérer une communauté de coiffeurs engagés, sur qui on pourra mettre un macaron, voilà « mon coiffeur s’engage… » je ne sais quoi, sur la vitrine, et fédérer une communauté, et leur faire bénéficier aussi finalement de l’intérêt de la presse qu’on peut avoir, pour les mettre en lumière.[Musique / Jingle][JAMES – Fondateur de Capillum] La concrétisation de l’idée et du projet Capillum a été rendue possible par l’obtention de divers concours. On a été aidés par un fonds européen, on a été aidé par la Région, on est en contact avec la Métropole.[Son d’ambiance extérieure, parc][CLÉMENT – Fondateur de Capillum] On a réussi à développer ce projet-là finalement à Clermont-Ferrand, en Auvergne, on n’est pas dans la Silicon Valley, on n’est pas aux États-Unis, mais on voit que finalement, des start-up peuvent se développer en France, et plus précisément en Auvergne aujourd’hui.[JAMES – Fondateur de Capillum] On est les premiers à proposer et à mettre en place ce type d’activité. On sera les premiers à récupérer de manière massive les cheveux des salons de coiffure sur l’Hexagone, à les valoriser et le tout dans une démarche d’économie circulaire. On profite au coiffeur, on profite à l’environnement, c’est du progrès technologique, c’est de l’innovation, c’est du retour d’industrie en France, et à la fin, c’est du progrès médical.[Musique / Jingle de fin]

Jeter les cheveux aux ordures crée d’énormes problèmes environnementaux alors qu'ils peuvent être valorisés

Clément
Cofondateur de Capillum
Photo avec James et Clément, cofondateurs de Capillum en compagnie d’Alice, ingénieure biochimiste.
James et Clément, cofondateurs de Capillum en compagnie d’Alice, ingénieure biochimiste.