Balade dans la ville de demain

Des livraisons toujours plus rapides, plus flexibles, et moins chères… l’explosion de l’e-commerce et la montée des exigences du consommateur oblige les villes à repenser leur organisation logistique. Pour une ville plus propre, plus intelligente et plus attractive. Il va y avoir de l’innovation urbaine !

Et si les auteurs de science-fiction s’étaient trompés ? Si les villes de demain ne ressemblaient finalement pas aux mégalopoles tentaculaires, polluées et inégalitaires de Blade Runner et du Cinquième Elément, mais à des villes à taille humaine, à la fois propres et faciles à vivre, comme dans l’utopie rêvée de Thomas More ?

 

Le bouillonnement créatif autour de la ville donne envie d’y croire : fermes urbaines capables d’approvisionner les habitants en mode « hyper local », véhicules sans chauffeurs, éclairage bioluminescent, train ultra-rapide plaçant Limoge à moins de 40 minutes de Paris, places de parking connectées, capteurs de pollution, poubelles intelligentes visant à réduire le nombre de tournées des éboueurs… l’innovation est partout. Dans tous les domaines. Sous toutes les formes. À l’origine ? Les municipalités, bien sûr, mais aussi tout un écosystème réunissant start-up, chercheurs, artistes, géants du web, entreprises cherchant à diversifier leur offre, et acteurs historiques.

#CréativitéEnVille

La Poste fait partie de ceux-là. Après avoir participé pour la quatrième fois consécutive au Consumer Electronic Show, la grande messe de la tech qui se tient tous les hivers à Las Vegas, le Groupe fait son Lab Postal, le 9e du nom. Le thème ? « Business Odyssey ». Ou comment développer sa sensibilité pour devenir un entrepreneur créatif. Vaste programme, pour des start-up aux ambitions vastes. L’année dernière, les visiteurs ont ainsi pu découvrir un prototype de boîte aux lettres intelligente, capable de dire au facteur si elle est pleine ou pas, et de s’ouvrir grâce à une clé transmise par une application mobile, Hercule, l’exosquelette de logistique de la société RB3D qui permet de porter plusieurs dizaines de kilos sans efforts, ou encore la Sweet-Fit, une cabine connectée permettant d’essayer des vêtements vendus en ligne, sans se déshabiller, rien qu’en se postant devant le miroir. Autant de petites inventions qui permettent d’éviter les déplacements inutiles des facteurs, de limiter les renvois de colis, et ainsi gagner en efficacité…

 

Améliorer sa gestion du transport des marchandises : voilà l’enjeu pour La Poste qui a placé la logistique urbaine au cœur de son développement stratégique pour 2020.

« ¼ des émissions de CO2 est causé par les transports de marchandise en Île-de-France »

Le dernier kilomètre en ligne de mire

Le sujet est crucial. D’ici 2025, ce sont 300 000 colis quotidiens qui devraient être distribués rien que dans la capitale. Trois fois plus qu’en 2017. À cela s’ajoutent des consommateurs de plus en plus exigeants, souhaitant récupérer leurs paquets rapidement, où ils veulent, quand ils veulent, dans les délais qu’ils veulent et à moindre coût. Pour rester compétitifs, les professionnels doivent s’adapter : augmenter la taille de leurs entrepôts, leur flotte de véhicules, et l’amplitude horaire des livraisons. Cela n’est pas sans conséquences. Selon l’Ademe, le transport des marchandises est responsable de 10 à 20 % du trafic en Île-de-France, d’un quart des émissions de CO2, un tiers des émissions d’oxydes d’azote et de la moitié des particules émises par la circulation urbaine.

 

En cause : l’utilisation de véhicules anciens, donc polluants, et pas toujours bien remplis. On peut aussi mettre en cause des politiques publiques timides ou mal coordonnées à l’échelle des agglomérations. « Globalement, les villes n’ont guère de culture du transport de marchandises », déplore le think tank Terra Nova, dans un rapport publié en juin 2017, intitulé « Des marchandises dans la ville ».

« 35 000 véhicules à faibles émissions déjà sur les routes »

La solution ne peut être unique, explique en substance Frédéric Delaval, directeur logistique urbaine du Groupe. Car on n’achemine pas de la même façon des colis volumineux (chaises, table de salle-à-manger, matelas), des livres et des navets. De la même manière, on ne travaille pas avec les grandes métropoles comme on travaille avec les villes de taille moyenne. Les priorités diffèrent. Les contraintes, les budgets et les publics aussi. D’où la nécessité de travailler avec l’ensemble des parties prenantes, main dans la main, et d’imaginer des solutions sur mesure. À Toulouse, La Poste (membre du consortium Lumin'Toulouse aux côtés de la Semmaris, exploitant du Marché international de Rungis, et de la Caisse d’Epargne Midi-Pyrénées) devra ainsi assurer la construction et la gestion de la plate-forme logistique de Fondeyre mais aussi la synergie avec le marché d’intérêt national (MIN), le deuxième après Rungis en termes de tonnage. Et ainsi apporter une réponse à l’engouement croissant des consommateurs pour les circuits courts.

« 5 milliards de colis livrés en Europe en 2016 par Geopost, soit deux fois plus qu’en 2010. On en attend 12 à 14 milliards d’ici 2026

  »

À Bordeaux, la difficulté était de rapprocher du centre-ville les activités logistiques de ses partenaires et opérateurs, dans un contexte immobilier tendu. La solution choisie a été de rassembler ces activités dans un seul et même bâtiment et de partager cet espace en fonction des horaires nécessaires à son activité et son standard de service (express, rapide, particulier...). 

Aussitôt cliqué, aussitôt livré

Autre ville, autre problématique… Paris, La Poste planche depuis plus d’un an sur la création d’un réseau de micro-hubs. Inspiré de ce que l’opérateur espagnol Seur, filiale du Groupe La Poste, a mis en place à Madrid, Barcelone et Valence, ces mini-entrepôts de proximité serviront de point de départ aux tournées réalisées « en mode propre » par les facteurs, mais aussi de lieu de retrait de colis accessibles 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 par les particuliers. Ils viendront compléter le réseau Pickup du Groupe, déjà fort de 7 800 points relais et 350 consignes automatiques installées dans les gares, centres commerciaux et bureaux de poste traditionnels.

 

Dans la ville du futur, les facteurs pourraient être accompagnés d’Effibot. Un petit robot électrique, capable de porter jusqu’à 150 kg de marchandises, et surtout totalement autonome. Bardé de capteurs, il a été conçu pour suivre docilement le postier pendant ses tournées, s’arrêter lorsque celui-ci s’arrête, repartir avec lui, et éviter – sans aide – tous les obstacles. Testé à Nantes et Paris, ce chariot intelligent pourrait faire des petits dans d’autres villes.

 

La tête dans les nuages

À moins que la suite ne se joue dans les airs… Fin 2016, DPD a en effet inauguré en effet sa première ligne commerciale de livraison par drone. Reliant la commune de Saint-Maximin-La-Sainte Beaume à celle de Pourrières, dans le Var, celle-ci permet de livrer une pépinière d’entreprises, regroupant une douzaine de start-ups. Le service nécessite pour l’instant l’aménagement d’un point de départ et d’un point d’arrivée fixes (comme les lignes commerciales d’aviation). Il se destine de ce fait aux zones difficiles d’accès. Mais rien n’empêche d’imaginer - à long terme - un futur où des drones-facteurs électriques, autonomes et capables de s’éviter les uns les autres, survoleraient embouteillages, pour déposer la paire de chaussures achetées quelques heures plus tôt sur Internet, dans une consigne Pickup de La Poste.